Études de cas

Le cas de Selena

Présentation initiale

Selena en est à sa dernière année d’étude au collège. Elle étudie à Manille, aux Philippines, mais dès qu’elle en a l’occasion, elle retourne dans sa ville Angeles pour voir ses parents et ses jeunes soeurs et frères. Elle travaille comme barista dans un petit café pour subvenir à ses besoins et payer ses études.

Un jour, lorsqu’elle va visiter ses parents, ces derniers sont fâché·e·s contre elle. Iels l’accusent d’abuser de sa liberté en habitant à Manille et d’utiliser son corps et sa beauté pour rencontrer des hommes étrangers. Iels la blâment, lui font du slut-shaming et la menacent de ne plus la supporter. Ses parents lui demandent d’arrêter de fréquenter en ligne des hommes étrangers car cela leur cause des problèmes.

Selena n’utilise aucune application de rencontre : elle est trop occupée avec l’école et le travail. Sans compter qu’elle a déjà un copain.

Après plusieurs heures où ses parents lui crient dessus, elle comprend finalement ce qui s’est passé :

La veille, Heinz, un Allemand, est venu chez ses parents et a demandé à voir Selena. Il avait avec lui une copie de leur conversation et des photos qu’elle lui avait partagées. Les conversations avaient eu lieu dans une application de rencontre et sur Whatsapp. Il a sous-entendu qu’elle et lui avaient fait du cybersexe. Apparemment, il aurait envoyé de l’argent à Selena afin qu’elle puisse faire une demande de visa et qu’elle le visite en Allemagne. N’ayant pas obtenu de visa, Heinz lui avait envoyé de l’argent à nouveau pour qu’elle achète un billet d’avion et qu’iels se rencontrent à Bangkok. Là-bas, iels auraient pu être ensemble sans que ses parents conservateurs ne les surveillent. Elle n’est jamais venue. Heinz a essayé de la contacter mais elle n’était plus joignable. Il a donc décidé d’aller voir chez ses parents. Ces derniers ont refusé de le laisser entrer et menacé d’appeler les autorités s’il continuait d’insister pour voir Selena.

Heinz a fini par quitter, en colère.

Le tout sonne comme une histoire d’arnaque qui a mal viré.

Le problème : Selena n’était au courant de rien. Elle n’a jamais parlé avec un Heinz. Elle n’a reçu aucun argent de sa part. Elle n’est pas dans une relation à distance avec quiconque.

On dirait bien que les photos de Selena et son identité ont été utilisées pour arnaquer Heinz. Une histoire de catfishing.

(Le catfishing c’est lorsqu’une personne usurpe les photos et l’identité d’une autre pour en créer des comptes en ligne et arnaquer d’autres personnes. Parfois, le vrai nom de la personne est utilisé dans les faux comptes, mais parfois les arnaqueurs utilisent aussi des faux noms.)

Escalade

Suite à l’incident, Selena a supprimé toutes ses photos de tous ses comptes de réseaux sociaux. Elle a envoyé un message à l’application de rencontre et à Whatsapp pour les avertir du faux compte qui utilise son identité et ses photos et qui a servi à arnaquer un utilisateur Allemand. Selena et sa famille n’entendent plus parler de Heinz. Il semble avoir quitté Angeles suite à sa visite insistante.

Un jour, à l’école, des camarades de classe commencent à lui crier dessus, à la traiter de salope et d’arnaqueuse. On lui dit qu’elle devrait avoir honte d’avoir utilisé sa beauté de cette façon. Une amie de Selena lui montre une page Facebook qui s’appelle « Selena est une salope arnaqueuse ». Sur la page, Heinz partage ce que « Selena » lui a fait – avec des captures d’écran de leurs conversations, ses photos et même des audios de leurs séances de cybersexe.

La page est maintenant populaire et reçoit beaucoup de "Likes".

Qu’est-ce que Selena peut faire?

Le cas de Dewi

Présentation initiale

Dewi habite à Jakarta en Indonésie. Femme trans dans la trentaine, elle travaille dans un centre d’appels pour une multinationale spécialisée en vente au détail. Avec deux très bonnes amies, Citra et Indah, elles viennent de créer une petite organisation pour promouvoir l’égalité des droits pour les personnes de la diversité sexuelle et de genre en Indonésie. (En Indonésie, on parle du SOGIE Equality Bill - Sexual Orientation and Gender Identity Expression.)

Depuis qu’elles ont commencé leur organisation, elles ont été invitées dans plusieurs événements concernant les droits LGBTQIA+ et elles ont participé à plusieurs manifestations. Dans les nouvelles locales, on a même pu voir Dewi se prononcer contre la masculinité toxique et le fondamentalisme religieux.

Un jour, alors que Dewi se prépare à aller travailler, elle reçoit un message sur Facebook : « Tu m’as rendu si heureux hier soir. Veux-tu encore me rendre heureux ce soir? ». C’est envoyé par un compte nommé Mus. Elle se dit que c’est une erreur sur la personne, alors elle lui répond : « Je crois que vous vous trompez de personne. ».

Mus lui répond : « Je m’adresse bien à toi, Dewi. J’ai vu tes photos et je veux te voir en personne. Pour que tu puisses me rendre heureux encore. »

Alarmée que ce Mus connaisse son prénom, elle lui répond : « Je ne vous connais pas, s’il vous plaît, arrêtez. » Puis, elle le bloque.

Elle raconte ce qui s’est passé à Citra et Indah. Elles se disent que ce doit être quelqu’un qui a vu une photo de Dewi dans les événements publics auxquels elle a participé. La personne a sûrement juste eu le béguin pour Dewi. Après tout, c’est quand même flatteur.

Puis, elle commence à recevoir beaucoup de messages similaires sur Facebook. Les messages sont de plus en plus vulgaires et explicites. Elle reçoit également beaucoup de demandes d’amitié. Elle décide de les bloquer et essaie de les ignorer.

Elle garde au courant ses deux amies. Celles-ci commencent à s’inquiéter pour Dewi.

Pour essayer de comprendre d’où vient le harcèlement vécu par Dewi, Citra fait une recherche sur Google avec son nom. Elles trouvent alors des photos modifiées avec le visage de Dewi collé sur des corps nus de femmes trans. Les images sont identifiées au nom de Dewi et sont publiées sur des sites amateurs pornographiques.

Elles s’empressent alors à écrire aux différents sites web concernés pour que les images et le nom de Dewi soient retirés. Elles ont espoir que cela mette fin au harcèlement.

Escalade

Un jour, le patron de Dewi demande à la rencontrer. Il lui montre des tweets envoyés à la compagnie. On peut y voir les images photoshoppées accompagnées de ce texte : « C’est à ça que ressemblent vos employés? Votre compagnie n’a aucune morale? Vous devez LE renvoyer! »

Son patron lui dit que le compte Twitter de la compagnie a été bombardé par ces messages qui viennent de plusieurs comptes différents.

Qu’est-ce que Dewi peut faire?

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